Biographie
Par Ludovic Lorenzi
Biographie de Ludovic Lorenzi disponible sur le site Tai Phong Officiel (taiphong.org qui n'existe plus)
De l'adolescence aux studios
1) La genèse :
Ce sont les frères Khanh et Taï Ho Tong qui sont à l'origine de Taï Phong. Lorsqu'ils fondent le groupe en 1972, ils ont déjà une solide expérience musicale derrière eux, ayant pas mal vécu en Angleterre et joué en amateur avec des groupes depuis l'âge de 15 ans.
Khanh et Taï sont d'origine vietnamienne. Leur père avait été ministre de l'intérieur de l'ex-président Diem. Plutôt qu'un parcours politique, les deux frères préférerons un parcours musical. Tous deux ont commencé le piano vers l'âge de 8-9 ans. Adolescents, ils abandonnerons les touches au profit des cordes. Ainsi, Khanh adoptera la guitare et Taï, la basse. C'est en jouant sur une plage avec des copains de lycée que leur viendra l'idée de fonder leur premier groupe. Nous sommes au milieu des années 60.
La première formation des deux frères s'appelle Mousson. C'est sous ce nom qu'ils participent et remportent trois années de suite le championnat d'Ile de France des orchestres de sceaux, lieu de leur résidence de l'époque. La quatrième année, le maire de la ville leur demande de laisser une chance aux autres et de ne plus s'inscrire au concours.
Peu importe, car les deux frères, sur demande de leur famille, doivent provisoirement abandonner la musique pour se consacrer à leurs études. Une fois le bac en poche, Taï et Khanh vont renforcer leur expérience musicale. Le premier part en Angleterre, jouer dans les pubs et le métro. Le second remplace, pendant les vacances, le guitariste d'un groupe appelé les " Dauphins ". Nous sommes au début des années 70.
2) Taï Phong, première version :
En 1972, ils fondent Taï Phong, qui, en vietnamien, signifie " Grand vent ". C'est par annonce, dans le magasine " Melody maker " qu'ils recrutent un clavier et un guitariste. Ainsi, sont arrivés Less, un anglais venu d'Allemagne avec son orgue Hammond, et John, un Américain de Californie, avec sa guitare et sa voix, puisque ce dernier était aussi chanteur. Le groupe utilisait la cave des parents de Khanh et Taï pour les répétitions qui avaient lieu trois fois par semaine. Les méthodes de travail de Taï Phong étaient déjà très perfectionnistes. Ils pouvaient répéter une même partie musicale pendant des jours jusqu'à ce qu'ils trouvent le son ou la forme désirée. Au bout d'un certain temps, le groupe avait pris sa vitesse de croisière. Khanh, qui travaillait alors chez Barclay, a fait venir François Bernhaim, un producteur de la maison de disques. Ce dernier, après les avoir écouté, leur propose de venir faire une maquette au studio Feber à Paris. Le groupe enregistre donc toute une nuit, puis se voit proposer un contrat. Mais certaines clauses ne convenaient pas à Khanh et à Taï (en particulier le remboursement en cas d'échec) qui n'ont pas voulu signer. Le producteur, refusant tout changement dans le contrat, décide de garder la bande.
La suite de l'histoire est que ce refus des deux frères crée des conflits au sein du groupe. D'après Less et John, c'était un an de travail anéanti. Ce dernier décide alors de quitter Taï Phong et de rejoindre son ancien groupe de Californie de passage en France.
3) Vers le contrat discographique :
Khanh et Taï auditionnent donc à nouveau. Un soir, lors d'une répétiton, ils rencontrent Jean-Jacques Goldman qui, après quelques essais est recruté à son tour comme guitariste et chanteur. Le jeune homme, âgé alors de 23 ans, n'a pas moins de 18 années de formation musicale derrière lui ayant commencé le violon à cinq ans.
Par la suite, Less est remercié pour problème d'ego. C'est Jean-Alain Gardet, présenté par des amis, qui va le remplacer. Ce dernier a lui aussi des bases solides : quinze ans de piano, fils de jazzman et d'éditeur musical. Il a été élevé au classique et au jazz.
En avril 1973, le nouveau groupe signe chez Barclay pour un 45 tours. Deux titres sont enregistrés mais des conflits internes entre directeurs artistiques empêchent la parution du single. Le groupe, voyant l'été approcher et le disque toujours pas sorti, veut rompre le contrat. Après avoir vu plusieurs avocats, ils réussissent à quitter Barclay en septembre. Le morceau principal s'appelait " Melody ", signé et chanté par Taï et Jean-Jacques. Taï Phong était de nouveau libre mais les deux titres enregistrés restaient chez Barclay.
Suite aux problèmes qu'ils ont eu, le groupe décide de financer lui-même les maquettes, puis de démarcher les maisons de disques. Taï Phong entre donc en studio et enregistre trois titres, vingt minutes de musique en tout dont " Out of the night " et " Saint John's avenue ". Puis Khanh part faire le tour des maisons de disque avec la bande sous le bras : Motors, Phonogram, Barclay (qui avait changé de direction)… sur les six visitées, toutes répondent favorablement. Un soir après son travail, Khanh débarque à l'improviste dans les bureaux de WEA. Il est reçu par quelqu'un qui écoute les maquettes et dit qu'il est preneur. Cette personne n'était autre que Dominique Lamblin, responsable de l'international chez WEA.
Ainsi, ces sept réponses positives ont permis au groupe de négocier les conditions du contrat. Taï Phong semblait donc prêt à signer avec WEA. Mais comme ils avaient déjà eu des problèmes avec Barclay, ils passaient en revue chaque clause du contrat et remettaient en cause ce qui ne leur convenait pas. Ce qu'ils voulaient surtout, c'était pouvoir se retirer si le premier disque ne se vendait pas. Si ça marchait, ils signaient à nouveau pour trois ans. N'étant pas musiciens de métier, ils ne voulaient pas insister en cas d'échec. Après trois mois de négociation, les clauses sont acceptées et le groupe signe enfin. L'aventure discographique pouvait véritablement commencer.
Les années Warner - Première époque (1975-1977)
1) Les derniers préparatifs :
Avant de pouvoir réaliser leur première galette de vinyl, il leur fallait recruter un batteur. C'est lors d'une audition qu'ils rencontrent Stéphan Caussarieu, en septembre 1974. Le jeune homme de 17 ans n'a que quatre ans de batterie derrière lui mais déjà une grande expérience. Parmi les quinze batteurs entendus, il est le seul à pouvoir adapter son jeu en fonction des morceaux. Avec Stéphan, le Taï Phong du premier album est enfin au complet.
Avant de sortir le disque, pour tester leur compositions et voir la réaction du public, Taï Phong fait des concerts dans des MJC et autres petites salles. L'accueil est très positif, ce qui ne fait que convaincre davantage WEA qui constate que le groupe est aussi bon sur scène qu'en studio. Le seul problème est l'état de Jean-Jacques Goldman avant de monter sur scène : il a tellement le trac que ça le rend malade au point d'avoir de fortes nausées. Ce qui ne l'empêche pas d'assurer correctement ses parties instrumentales et vocales. Mais cela va déterminer son choix de ne pas faire de concert après le deuxième album du groupe.
2) Le travail en studio :
Tous les membres de Taï Phong composaient, et le choix des morceaux se faisait souvent parmi une vingtaine de titres. La sélection passait donc un par vote, à bulletins secrets, pour ne garder que six chansons.
Les séances d'enregistrement du premier album ont lieu au studio IP en février-mars 1975. C'est Jean Mareska qui est le directeur artistique du groupe. Après avoir écouté les maquettes et avoir vu les cinq garçons en répétition, ce dernier a voulu les prendre en main. Mais Jean Mareska s'occupait essentiellement de tout ce qui était réservation, organisation et démarches administratives. Car musicalement, Taï Phong était entièrement autonome. Le groupe, très organisé, s'occupait quasiment de tout : les mélodies, les textes, les arrangements étaient notés à l'avance. Cela représentait un gain de temps énorme. Si Jean Mareska n'intervenait pas sur le plan musical, il restait cependant une oreille objective très utile.
L'organisation des séances n'a pas été une chose facile, car il fallait compter avec les horaires de travail. Sans compter qu'à l'époque, Jean-Jacques faisait son service militaire. Il devait s'arranger en fonction de ses permissions.
3) Un groupe particulier :
Quel genre de groupe était Taï Phong ? Cinq fortes personnalités, ce qui pouvait causer des conflits internes. Mais tous perfectionnistes et excellents musiciens. Ils pouvaient répéter pendant des heures sur un même passage avant de trouver le son juste. Ils étaient l'antithèse du show business car ils n'aimaient pas se montrer. Ils n'avaient pas ce coté narcissique qui caractérise certains artistes. De plus, tous entendaient garder leurs métiers respectifs : Khanh était ingénieur du son dans un studio, Jean-Jacques travaillait dans une boutique d'articles de sport à Montrouge, Taï était employé à la BNP, Stéphan donnait des cours de batterie et Jean-Alain accompagnait d'autres musiciens.
4) Des débuts positifs :
Taï Phong sort donc son premier album en juin 1975. L'accueil est d'emblée positif. Les critiques sont bonnes. En particulier, celle de " Rock and folk " de juin 1975, signée Claude Avarez-Pereyre. Il encense la recherche formelle et sonore : un bon mélange entre acoustique et électrique avec une grande variété de sons sur " Goin' away ", des vocaux de toute beauté sur " Fields of gold "… L'auteur de l'article ne cache pas que le disque laisse apparaître certaines influences anglo-saxonnes : Yes, Genesis, Pink Floyd… des grands noms du rock progressif. Mais le tout est bien assimilé et " …un future plus intéressant, plus personnel se dessine ".
La diffusion fréquente du titre " Sister Jane " sur les radios décide la maison de disque à le sortir en petit format. Ce titre était une sorte de compromis entre des morceaux complexes et le tube radiophonique accessible à tout le monde. Même si le rock symphonique était l'apanage du groupe, Taï Phong voulait proposer une chanson phare, quelque chose qui soit dans la lignée de standards tels que " A whiter shade of pale " de Procol Harum ou " When a man loves a woman " de Percy Sledge.
La promotion de " Sister Jane " est aussi passée par quelques apparitions télévisées, à noter " Ring parade " de Guy Lux et " Les rendez-vous du dimanche " de Michel Drucker.
Le succès de la chanson ne se fera pas attendre puisque 200000 exemplaires du 45 tours se vendront en France et en Belgique. L'album, lui, s'est rapidement écoulé à 50000 copies.
Pour le second single, Taï Phong retourne en studio et enregistre trois nouveaux titres : un de Jean-Alain Gardet (" North for winter "), un de Jean-Jacques Goldman (" Let us play ") et un de Stéphan Caussarieu. Ce seront les deux premiers qui seront retenus, le troisième restera inédit. A l'hiver 1975, Taï Phong propose de nouveau un slow : " North for winter ". Sans doute la saison n'est elle pas favorable pour une telle chanson car c'est l'échec. Selon Jean Mareska, c'est plutôt un problème d'image du groupe. Pas de look calculé, pas de geste ni de chorégraphie prédéterminée, pas de mise en scène… Et surtout, pas de lead singer auquel se raccrocher : on passait de Jean-Jacques pour " Sister Jane " à Taï pour " North for winter ". Il faut dire que chez Taï Phong, tout était pour la musique. Cela est aussi dû au manque de promotion selon Khanh (une seule télé). Cette période correspond au départ de Dominique Lamblin, responsable de l'international chez WEA, qui s'occupait aussi de la promotion.
5) " Windows ", l'évolution :
En 1976, de Janvier à mai, a lieu l'enregistrement de " Windows ", le deuxième album. Un travail plus étalé puisque le groupe a pris le temps de faire une pause au milieu de cette période. Ce second album a pu être peaufiné, plus que le précédent. Et c'est Khanh qui s'est occupé de la prise de son du début à la fin. C'est donc une touche plus personnelle qui se dégage des six nouveaux titres. C'est ce que ne manqueront pas de remarquer les critiques. Selon Jean-Marc Bailleux (" Rock and folk ", octobre 1976), Taï Phong a trouvé son style, il y a moins de choses empruntées et plus d'audace que dans le premier album : " des compositions à la construction parfois surprenante (les deux parties hétérogènes de " When it's the season "), voire audacieuse (" The gulf of knowledge ") et un son personnel qui tire son originalité de l'enchevêtrement des guitares acoustiques et électriques… "
C'est en mai que sort " Games ", le premier extrait, un slow dans la lignée de " Sister Jane " mais qui ne connaîtra pas le même succès. L'album, lui ne sort qu'en octobre. Si la critique encense " Windows ", le public, lui, a du mal à suivre. C'est le début des incertitudes au sein du Groupe.
6) Les premiers écarts :
Juste après la fin des séances de " Windows ", de mai à septembre, Jean-Alain Gardet enregistre un album avec Alpha Ralpha. Ce groupe a été formé par Claude Alvarez-Pereyre, journaliste à " Rock and folk ". Le disque est produit par Jean Mareska et ne sort qu'en 1977 chez WEA. Khanh, Taï et Jean-Jacques sont venu y faire des harmonies vocales.
Toujours en 1976, Jean-Jacques sort un premier 45 tours solo : " C'est pas grave Papa ".
Sans quitter le groupe, chacun tente une nouvelle expérience. Jean-Alain reste dans une veine très " musique planante " mais plutôt orientée vers l'instrumental. Jean-Jacques, par contre, change complètement de registre et s'oriente vers la chanson française de variété.
Les années Warner - Deuxième époque (1977-1980)
1) Une période de remise en cause :
Après l'échec de " Windows ", on se pose des questions au sein du groupe. Le 45 tours " Follow me ", en 1977, est un tournant pour le groupe. C'est le premier titre rythmé qui sort en single, les trois précédents étaient des slows. La chanson est signée Jean-Jacques Goldman qui pense que le groupe se doit d'évoluer. D'une certaine manière, on suit la mode de l'époque en enregistrant la chanson sur un rythme disco mais on conserve un son un peu rock avec les guitares saturées. Le slow traditionnel à la Taï Phong est toujours présent avec le titre " Dance " (signé Taï) mais sur la face B. Malgré ce virage, " Follow me " ne connaîtra pas le succès. On peut encore et toujours mettre cela sur le compte du manque de promotion qui fera défaut au groupe jusqu'à la fin.
" Follow me " est le dernier disque de Taï Phong enregistré avec Jean-Alain et Taï.
2) Les concerts et la tournée :
Dès octobre 1976, Taï Phong se prépare à faire de la scène. L'argent gagné avec le premier album a servi à acheter une sono (une console Midas 32 voies, une des rares à l'époque). En février 1977, le groupe semble prêt pour les concerts mais Jean-Jacques annonce qu'il ne veut pas faire de scène. Il reste pour les disques mais les tournées ne l'intéressent pas, ce qui est un problème pour le groupe. Jean-Jacques est à la fois un excellent guitariste et très bon chanteur, à la voix haute, nécessaire au style de Taï Phong. Et ces deux caractéristiques sont difficiles à réunir pour une seule personne. A défaut, arrivent deux musiciens : Lionel Lemarie (alias Charly) au chant et Marc Perrier à la guitare. Mais il ne resteront pas longtemps puisque Michael Jones, viendra vite les remplacer.
La décision de Jean-Jacques semblait avoir démotivé Jean-Alain. Ce dernier décide de quitter le groupe moins de deux semaines avant les premiers concerts et part pour Limoges. Stéphan Caussarieu tentera de le convaincre de faire au moins les premières dates mais en vain. Trouver en si peu de temps un clavier qui puisse apprendre tous les morceaux semblait impossible. La solution a donc été d'engager six personnes différentes qui allaient chacune jouer deux ou trois titres. Parmi eux, se trouve Angelo Zurzolo qui intégrera Taï Phong vingt ans plus tard pour le quatrième album. Après quelques concerts, ces six claviers seront remplacés par un seul : Pascal Wuthrich.
Les premiers concerts ont lieu comme prévu les 15 et 16 avril 1977 à la maison des arts de Créteil. Ces premières prestations scéniques se font dans un décor de plantes vertes, dominé par deux samouraï de trois mètres de haut à l'intérieur desquels on avait mis les amplis. Le light-show avait été mis au point par Lang, le troisième frère Ho Tong, qui avait déjà conçu les pochettes des deux premiers albums. Ces deux premiers concerts ont bien marché. En juin 1977, le magasine " Best " fait une bonne critique à ce sujet et affirme que Taï Phong avait pris " définitivement sa place au sein des plus grands groupes français ".
Malgré cela, la tournée ne va pas durer. Certaines circonstances vont pousser le groupe à arrêter les concerts. Une tournée d'été était prévue sur la côte Atlantique mais elle a été annulée pour cause de Marée noire (naufrage du pétrolier Amoko Cadis). Moins de vacanciers, c'était forcément moins de public. Khanh, lui, n'était pas satisfait. Il n'arrivait pas à créer l'ambiance recherchée. Michael Jones était un excellent chanteur mais n'arrivait pas à monter aussi haut que Jean-Jacques Goldman. Comme tout ne se déroulait pas comme prévu, Taï Phong arrête la scène et retourne en studio. C'est également le moment où Taï décide de quitter le groupe. Jean-Jacques, après l'échec d'un second 45 tours en solo (" Les nuits de solitude "), retrouve la nouvelle formation qui intègre à présent Michael Jones et Pascal Wuthrich.
4) Une période de recherche :
Les mois qui vont suivre semblent être une période incertaine pour Taï Phong. Le nouvel album se fait attendre. En deux ans, le groupe ne sort que deux 45 tours. " Back again / Cherry ", en 1978 et " Fed up / Shangaï casino " en 1979. On est de toute évidence à la recherche du tube. D'un coté, deux chansons lente, de l'autre deux titres au rythme disco. Le groupe ne sait plus trop quoi faire pour renouer avec le succès du temps de " Sister Jane ". De son coté, Jean-Jacques Goldman se cherche aussi en solo : un medley de slows incontournables, " Slow me again ", en 1978 ainsi qu'un troisième 45 tours en français (malgré le titre), " Back to the city again ", en 1979, ne lui apportent pas plus le succès.
Le groupe s'offre encore, malgré tout, quelques séances au studio du château d'hérouville. C'est là que Khanh, Stéphan, Pascal et Jean-Jacques (Michael est absent) enregistrent un disque de démonstration pour le compte du magasine Sono. Le rédacteur en chef, Jean-Paul Poincignon, avait cherché une idée pour le salon de la musique. Khanh lui a donc proposé d'enregistrer un disque 30 cm qui montre les différentes étapes de l'enregistrement d'une chanson. Il compose " Rise above the wind " pour l'occasion. Le résultat : une première face à écouter à la vitesse de 45 tours minutes avec des sons de test pour platines et une seconde face de 19 minutes, à écouter en 33 tours, où on entend le titre " Rise above the wind " se construire petit à petit. Ce n'est là qu'un échantillon du nombre d'heures qu'a nécessité l'enregistrement. Le disque était offert aux lecteurs du magasine Sono.
5) Un retour au grand format :
En 1979, le groupe n'avait pas sorti d'album depuis deux ans et demi. Pendant cette période, trois singles s'étaient succédés sans qu'un album soit envisagé. Selon la maison de disques Taï Phong n'était pas un groupe de 45 tours, il était donc temps de songer à un nouveau 30 cm. Le troisième album, " Last flight ", est enregistré entre février et juin 1979 et sort en Août. Cette fois-ci, il n'y a plus de vote pour le choix des titres. Chacun apporte sa composition. Il ne semble plus y avoir de cohésion au sein du groupe. Khanh est absent lors des enregistrements de " Sad passion ", tout comme Jean-Jacques sur " How do you do ". Aucun des deux ne participe à " Thirteenth space ". Stéphan Caussarieu, par contre, est bien présent sur tous les titres. Il est encore un des seuls à vouloir croire à ce disque.
" Last flight " est un album décousu, sans véritable unité musicale. Pourtant, les titres sont toujours de qualité. Le style aussi a évolué, vers un son moins planant, plus musclé, plus rock. On y trouve quelques morceaux puissants comme " Sad passion " ou " End of an end ". Le rythme alterne avec des mélodies lente sur des titres comme " Farewell gig in Amsterdam " ou " Last flight ".
Mais, malgré de bonnes critiques, cet album, comme le précédent laisse le grand public indifférent.
La traversée du désert (1980-1993)
1) La séparation :
En 1980, le groupe se disloque. Il aurait pu enregistrer un quatrième album mais un problème de contrat avec l'éditeur décide les membres de tout arrêter. De toute manière, plus personne ne semble intéressé par la musique de Taï Phong. Chacun part donc de son coté.
Jean-Jacques Goldman, qui ne veut pas refaire de disque solo chez WEA, rompt son contrat et recherche une nouvelle maison de disque. La suite, on la connaît.
Michael Jones, après quelques aventures musicales plus ou moins bonnes (Week-end millionnaire, produit par Jean Mareska et Gulfsteam, produit par William Sheller) retrouve Jean-Jacques Goldman en 1983 pour ses concerts. Il ne le quitte quasiment plus depuis.
Khanh, lui, s'occupe de rubriques dans des revues musicales et ouvre un magasin d'instruments où Stéphan Caussarieu viens parfois donner des cours de batterie.
Ce dernier multiplie également les expériences musicales avec d'autres artistes. En 1982, il présente des chansons à Jean Mareska qui les fait écouter à des maisons de disques. L'année suivante, Stéphan signe chez Barclay et sort " Tous les nights and days ", un 45 tours qui a un succès d'estime. Mais la maison de disques s'arrête peu de temps après. Tout est donc à refaire. Stéphan retrouve un contrat chez Vogue en 1985 et publie " Taxi de nuit ", son deuxième single.
2) Taï Phong sort de l'oubli :
En 1984, le succès de Jean-Jacques Goldman remet Taï Phong au goût du jour. WEA ressort " Sister Jane " en 45 tours, ainsi que les trois albums en vinyl. La maison de disque édite en plus " Les années Warner ", une compilation qui reprend les six chansons en français enregistrés par Jean-Jacques Goldman entre 1976 et 1979 ainsi que trois titres de Taï Phong (un extrait de chaque album). Une plus jeune génération peut ainsi découvrir l'ancien groupe de Jean-Jacques Goldman.
3) Le déclic :
Lors de sa tournée 1985-86, Jean-Jacques Goldman décide de reprendre " Sister Jane " sur scène. Au départ, il fait appel à Khanh pour l'aider à trouver le son juste pour la chanson, puis lui propose de monter sur scène avec lui. Et les autres ont suivi… C'est ainsi qu'en décembre 1985, Khanh, Stéphan Caussarieu et Pascal Wuthrich se retrouvent au Zénith accompagnant Jean-Jacques Goldman et Michael Jones, le temps de " Sister Jane ".
Le fait de retrouver sur scène la formation " Taï Phong version 1979 " a été comme un déclic pour Khanh et Stéphan qui avaient toujours eu l'idée de reformer le groupe et de refaire un disque. D'autres critères allaient rendre les choses plus concrètes : Stéphan était déjà sous contrat chez Vogue, où travaillait aussi Dominique Lamblin, l'ancien responsable de l'international chez WEA en 1975. Stéphan avait en réserve une chanson qu'il trouvait bien pour Taï Phong : " I'm your son ". Khanh a composé " Broken dreams " pour la circonstance. Il ne restait plus qu'à retrouver un producteur : Jean Mareska allait reprendre du service.
Jean-Jacques Goldman a été contacté pour participer au disque. Il a accepté et fait les chœurs sur le titre de la première face, " I'm your son ". Pascal Wuthrich a aussi participé au disque mais comme musicien du groupe et non comme membre à part entière. En fait, officiellement, Taï Phong, c'était Stéphan et Khanh.
4) De nouveaux déboires :
Le 45 tours est sorti en 1986 mais n'a pas eu de succès. Un clip avait été tourné pour " I'm your son " dont 50 diffusions avaient été prévues sur la chaîne musicale TV6. Malheureusement, l'arrêt de celle-ci, peu de temps après, a coupé court à la promotion. La chanson est beaucoup passé dans les clubs mais ça n'était pas assez pour la faire connaître du grand public.
Suite à cet échec, l'album annoncé, " The return of the samouraï ", n'a pas vu le jour. Il n'a même pas pu être enregistré. Chacun est retourné à ses occupations.
En 1987, Stéphan Caussarieu sort un ultime 45 tours chez Vogue : " Même si tu m'aimes ". Peu de temps après, la maison de disques s'arrête… C'est l'éternel recommencement. Stéphan, un peu lassé de toutes ces mésaventures, s'offre un temps de réflexion.
Un nouvel espoir (1993-2001)
1) Les préludes au retour :
En 1993, les japonais rééditent les trois albums de Taï Phong en CD. Le premier album et " Windows " bénéficient de titres bonus : " North for winter ", " Let us play ", " Dance ", " Back again " et " Cherry ", des chansons sorties uniquement en 45 tours à l'époque. Les rééditions sont accompagnées de livrets détaillés incluant une discographie complète, les textes des chansons ainsi que l'histoire du groupe à travers ses disques, la musique du moment et les critiques. En somme, tout ce qu'on ne trouvera pas sur les pressages français : WEA se contentera de rééditer les albums tels qu'ils sont parus dans les années 70, sans biographie, sans texte de chanson ni titre bonus. De plus, ces rééditions n'ont pas fait l'objet de grosse promotion. Seuls des fans avisés peuvent les trouver au hasard des bacs consacrés à Jean-Jacques Goldman.
La même année, Jean Mareska fait réenregistrer " Sister Jane " pour deux compilations : " Génération slows " (Flarenach) et " Méga summer hits " (Vogue). Bien que le titre soit crédité à Taï Phong, il n'y a aucun membre du groupe d'origine parmi les musiciens. Le chanteur dont le timbre de voix haut perché rappelle celui de Jean-Jacques Goldman s'appelle Hervé Acosta. Le projet n'avait pas emballé Stéphan Caussarieu. Khanh, lui, n'était pas au courant. Mais tous deux ont pu découvrir les extraordinaires capacités vocales d'Hervé Acosta. Cette petite aventure anodine allait être le point de départ d'un retour discographique du groupe.
2) Sun :
" Sun " est l'album du retour de Taï Phong, 21 ans après " Last flight ". Le disque ne s'est pas fait du jour au lendemain puisqu'il a fallu sept ans pour le sortir.
La rencontre avec Hervé Acosta avait décidé Khanh et Stéphan à se relancer dans l'aventure Taï Phong. Stéphan avait beaucoup écrit en anglais dans cette optique et Khanh avait toujours des titres en réserve. Pour ce nouvel album, chacun a fait des maquettes de son coté. Khanh a travaillé avec Hervé Acosta. Stéphan, lui, a enregistré avec sa propre voix. Vers 1995, ils présentent leurs titres à Jean Mareska et lui proposent de produire un album à moindre coût. L'approbation de ce dernier ne se fait pas attendre, c'est sans hésiter qu'il donne son accord. De son coté, Stéphan a contacté Michael Jones pour qu'il participe à l'album mais celui-ci, très pris par ses activités avec Jean-Jacques Goldman, a refusé.
Il y avait, cette fois, la volonté de retrouver un travail de groupe, contrairement au troisième album. Khanh et Stéphan, les deux têtes pensantes et seuls compositeurs de Taï Phong, ont choisis leurs titres en essayant d'harmoniser, d'homogénéiser le contenu du futur album. Hervé Acosta a bien sûr été intégré comme chanteur. Et, au trio de base, est venu s'ajouter Angelo Zurzolo, une vieille connaissance du groupe puisqu'il avait été un des six claviers remplaçant Jean-Alain Gardet lors des concerts de 1977. Angelo avait fait un gros travail d'arrangement sur les nouveaux titres. Satisfait, Khanh lui a proposé d'intégrer Taï Phong.
L'enregistrement de " Sun " a commencé en 1996 et s'est terminé vers l'été 1997. Jean Mareska a ensuite démarché les maisons de disque avec la bande sous le bras. La matière était là, restait à faire le produit fini, et ce n'était pas le plus facile. Taï Phong a eu beaucoup de mal à décrocher un contrat discographique. Certains se demandaient si le groupe avait toujours une place, d'autres pensaient que sa musique était dépassée… Le problème essentiel résidait dans le fait que les chansons étaient en anglais. Les quotas radiophoniques poussaient à présent les maisons de disques à ne produire que des vedettes qui chantent en français. C'était une des conditions de base pour avoir plus de chances de passer en radio.
Après avoir perdu un an avec une maison de disques qui leur a fait de fausses promesses, Taï Phong signe chez XIII bis records.
Là encore, le groupe a dû faire des concessions. Le disque ne sortait que si " Sister Jane " figurait sur l'album. Une nouvelle version a donc été enregistrée, qui s'est ajoutée aux huit nouveaux titres. Parmi ces morceaux, cinq sont de Stéphan avec une sonorité très " Supertramp ", tel que " Now I know ", " Last friend " ou " Everything's wrong ". Avec une majorité de slows, c'est un album à consonance plus commerciale que les précédents. Il y a quand même quelques titres qui sont dans la lignée du rock progressif (" Rainy nights in Saïgon ", " Sun ").
" Sun " est sorti dans la plus grande confidentialité. Les disquaires se sont contentés de placer quelques exemplaires dans les bacs sans le mettre en évidence. Mais des fans se sont réveillés et quelques médias s'intéressent au groupe. Dans l'esprit collectif, Taï Phong évoque toujours quelque chose. Pour certains, c'est l'ancien groupe de Jean-Jacques Goldman. Pour les plus avertis, c'est une musique, un style… Toute la base est là, ne manque qu'un peu de promotion pour lancer le groupe.
C'est ce à quoi se sont intéressés Khanh et Stéphan. L'idée était de refaire des concerts et de retrouver un public qui ferait vivre Taï Phong. Le problème est que, la maison de disque n'assurant pas la promotion, c'est le groupe lui-même qui doit faire les démarches.
Si l'album " Sun " a eu une sortie très discrète en France, il a bien décollé au Japon. Le pays du soleil levant ne les avaient pas oublié. Sans doute y avait-il là un public potentiel pour Taï Phong.
A partir de novembre 2000, le groupe tente quelques apparitions en public : au carrousel du Louvres, Khanh, Hervé et un guitariste-chanteur nommé Eric font une prestation dans l'aire de restauration. Le 2 décembre, Taï Phong presque au complet (Angelo est absent) donne un concert au 287 Café d'Aubervilliers. Il ne s'agit là que des prémices d'une tournée qui est envisagée.
Dans les autres projets, il y a un nouvel album car il reste beaucoup de chansons en attente par rapport à ce qui avait été proposé pour " Sun ".